L’hommage de Verdun : oui à Edouard de Castelnau !

L’hommage de Verdun : oui à Edouard de Castelnau !

Il ne serait peut-être pas inutile que le président philosophe s’entoure davantage d’historiens car ce n’est pas la première fois que ses raccourcis fâchent Clio. S’agissant de Philippe Pétain, Emmanuel Macron a en effet deux fois raison et deux fois tort. Un article de Guillaume Malaurie.

Lire aussi en accès libre l'article de l'historien Jean-Yves Le Naour sur "Pétain, l'imposteur de Verdun".

Visuel : Portrait d'Emmanuel de Castelnau © Wikimedia Commons

Une première fois raison, car il est exact que la mémoire collective de l’entre-deux-guerres consacre Pétain comme le “vainqueur de Verdun” dans la mesure où il  était persuadé d’une offensive allemande imminente sur la Meuse à laquelle le général en chef Joffre ne croyait pas et qu’il assura le commandement du site  à partir de la fin février 1916.

(Voir l'article de Jean-Yves Le Naour “Pétain, l'imposteur de Verdun” paru dans Historia n° 830.)

Raison encore, parce que Pétain était répertorié comme un général “républicain” et qu’il permettait un consensus national pour la plupart des anciens combattants, d’autant qu’il était hostile aux offensives à répétition  et aux exécutions systématiques des mutins.

Mais Macron a aussi deux fois tort. Une première fois car, ton l'ignore généralement,  c’est le général de Castelnau qui, début 2016, décide de son propre chef de faire renforcer les défenses de Verdun et mobilise des renforts.

Mieux: lorsque le déluge des bombardements allemands commence, il désobéit. Il refuse l’ordre de faire passer les troupes sur la rive gauche de la Meuse, les 24 et 25 février, pour tenir des deux côtés et verrouiller la défense de la ville.

La clef du succès est là.

Dans la foulée, Castelnau suit la disgrâce de Joffre, dont il était le chef d’état-major, et laisse la place et le prestige de Verdun  à Pétain.

La seconde erreur de Macron, c’est de conserver l’idée d’un hommage à celui qui fut frappé d’indignité nationale aprés la seconde Guerre Mondiale  mais dont on a appris beaucoup plus sur la profondeur de l’engagement idéologique pendant l’Occupation aux côtés des l’Allemagne nazie, avec la traduction du livre de Robert Paxton en 1973, puis les travaux d'Henri Rousso dasn les années quatre-vingt. 

S'il est exact que Jacques Chriac aussi sacrifia au rituel de l'hommage, il n'en reste pas moins qu'aucun Président de la République n'a jamais rapatrié à Verdun  le corps de Philippe Pétain qui reste à l'Ile d'yeu. 

À bien y regarder, le Président de la République eût été mieux inspiré de laisser Pétain aux historiens à la table d'autopsie des  "deux corps du Marechal Pétain" . Celui de la Grande Guerre et celui de Vichy. 

Et il n'aurait fait qu'oeuvre de justice en sortant le  général Édouard de Castelnau de l’ombre.

Lui qui aurait mérité cent fois d’être promu maréchal.  C'est Clémenceau  qui le dit avec son verbe :

“Je n’aurais été ni surpris ni chagriné de voir le nom de M. le général de Castelnau parmi les six maréchaux de France. Il est regrettable qu’on l’ait oublié et c’est à nous et non pas à lui que cet oubli fait le plus grand tort.”

Rappelons que Calstenau  avait été   surnommé “le sauveur de Nancy” dès le début de la guerre pour sa victoire de Grand-Couronné et pour sa campagne victorieuse en Champagne en 1915, où il fait plus de 20 000 prisonniers.  

S’il ne fut pas hissé au maréchalat aprés guerre , c’est sans doute car l’homme était un catholique-politique  de droite très engagé et qu’il succéda à Maurice Barrès pour présider la Ligue des patriotes en 1924, sans toutefois jamais porter atteinte aux institutions républicaines.

Pourtant , il faut le savoir  : Castelnau ne se trompe jamais sur l'essentiel. Lui qui a perdu ses deux fils dans la Grande Guerre, est un des rares généraux français à condamner  sans barguigner l’armistice signé par Pétain en 1940. Et, à 93 ans, il cache même  des armes de la Résistance dans sa propre cave, en Haute-Garonne, tout en approuvant, selon ses proches, le départ de deux de ses petits-fils et deux de ses petits-neveux pour la Résistance.

Une occasion ratée pour Emmanuel Macron de réparer une injustice, compléter une histoire qui paraît parfois figée et rassembler les mémoires 100 % patriotes de gauche ou de droite.

Guillaume Malaurie

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