Les gilets jaunes des Tuileries sont sans-culottes

Les gilets jaunes des Tuileries sont sans-culottes

Quand les Gilets jaunes ont fait sauter la grille des Tuileries samedi dernier, savaient-ils qu’ils emboîtaient le pas des sans-culottes ?  Sans doute pas, mais la scène sanglante –un blessé grave- et très médiatisée se situe à moins de cent mètres du lieu exact où la Révolution et ses députés vont poser leurs valises de 1789 à 1798. Où ? Dans la Salle du Manège transformée en Assemblée parlementaire pouvant accueillir entre 740 et 1200 élus sans compter les fonctionnaires, mais aussi le public qui se pressait dans la tribune. C’est dans cette enceinte que le Roi prêta serment à la Constitution, puis qu’il vint trouver refuge après l’émeute des sections parisiennes qui conduit à la prise des Tuileries en août 1792. C’est encore là que fut instruit le procès du Roi et le vote de sa condamnation à mort. En revenant quasi instinctivement sur ces lieux que rien, mais alors vraiment rien, ne vient rappeler à la mémoire historique, les Gilets jaunes ont au moins le mérite de faire un sort à l’amnésie des autorités parisiennes concernant le Paris Révolutionnaire. 

Pour s’en convaincre, il faut lire l’évocation par Hugo dans « Quatre-vingt treize » de la Salle du Manège transformée en Convention.  Il faut le savoir en effet : les Tuileries sont au cœur du volcan de 1789. Dans le Palais lui-même, survivait Louis XVI et son moignon de cour. A deux pas au Nord-est, on trouve les Clubs des Feuillants et celui des Jacobins. A cinq minutes, habitait Robespierre dans la rue St Honoré.  A trois cent mètres, place Louis XV (futur Place de la Concorde), on guillotina. Prendre les Tuileries, c’est rejouer deux fois la scène révolutionnaire. Une fois en consacrant la souveraineté du peuple via ses députés.  Une autre fois en abattant la Monarchie fut-elle constitutionnelle. Un message qui garde encore quelques munitions sous la Vème République.
Guillaume Malaurie

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