Mort de Michel Rocard, l’insoumis.

Mort de Michel Rocard, l’insoumis.

L’ancien Premier ministre de François Mitterrand, inlassable socialiste réformiste et théoricien de la « deuxième gauche », s’est éteint samedi 2 juillet dans sa 86ème année.

Rappelons-nous. Nous lui devons notamment le revenu minimum d’insertion (RMI) et la contribution sociale généralisée (CSG). Premier ministre efficace de mai 1988 à mai 1991, ses relations conflictuelles avec François Mitterrand – le Président ne cache pas son aversion pour cet homme rigoriste trop populaire à ses yeux - se termineront par une rupture définitive. Michel Rocard, évincé de la course à la présidentielle, ne s’avoue pas vaincu et dirige le PS de 1993 à 1994.

Né à Courbevoie le 23 août 1930, il est le fils d’un catholique, le physicien Yves Rocard, l’un des pères de la bombe atomique française -  et d’une protestante. « Hamster érudit », son surnom chez les scouts, licencié ès lettres, diplômé de Sciences-Po et du Centre d’études des programmes économiques (CEPC), militant socialiste à partir de 1949, il sort de l’ENA où il a pour condisciple Jacques Chirac en 1958 et rejoint l’Inspection des finances. À la tête du PSU (Parti socialiste unifié) de 1967 à 1973, il obtient 3,6% des voix à l’élection présidentielle de 1969. Maire de Conflans-Sainte-Honorine, il sera réélu député des Yvelines plusieurs fois. En 1974, il rejoint le PS où il apparaît comme le rival de François Mitterrand. Conscient de la nécessité pour les socialistes de maîtriser l’économie, il prône les valeurs d’une « deuxième gauche » réformiste.

En 1980, il aspire à être le candidat des Socialistes à la présidentielle mais doit s’effacer devant François Mitterrand. Après la victoire de celui-ci, il est nommé ministre d’État, ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire de 1981 à 1983, de l’Agriculture (1983) mais il démissionne en avril 1985 en signe de protestation devant la mise en place de la proportionnelle pour les législatives de 1986. Devenu Premier ministre, partisan de l’ouverture, il réussit le tour de force de régler le conflit en Nouvelle-Calédonie. Cette fois, François Mitterrand le contraint à démissionner en mai 1991 et le remplace par Edith Cresson. Premier secrétaire du PS, Michel Rocard assume des responsabilités de député européen de 1994 à 2009. Sénateur socialiste des Yvelines (1995-1997),  ambassadeur chargé de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique depuis 2009, il est également co-président avec Alain Juppé de la Commission sur le grand emprunt à l’initiative du président Sarkozy. À près de 86 ans, en dépit de la maladie qui l’affaiblissait, il continuait à travailler en particulier à la rédaction d’un Dictionnaire amoureux de Matignon.

Michel Rocard, l’homme qui ne renonçait jamais.

Véronique Dumas

Visuel : © Miguel Medina/AFP

 

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