Le Kursk. Une plongée dans les abysses d'un secret d'État

Le Kursk. Une plongée dans les abysses d'un secret d'État

Dix-huit ans après le naufrage du sous-marin Kursk, le mystère reste entier. Une reconstitution haletante revient sur ce drame.

Photo Mika Cotellon©Belga Productions

Au coeur de l'été 2000, le Kursk sombrait par 108 mètres de fond, après deux fortes explosions. Par miracle, à bord de ce grand sous-marin nucléaire russe - deux fois la taille d'un Boeing 747 et d'une surface égale à la taille d'un terrain de foot, 23 des 118 hommes qui composaient l'équipage échappent aux flammes. Le monde entier est en émoi. La marine russe refuse l'aide internationale, arguant disposer des moyens nécessaires pour délivrer des eaux son fleuron chargé de 24 missiles. Les opérations de sauvetage se succèdent pendant neuf jours. Chaque heure réduit les espoirs des familles. Une attente insoutenable, racontée par le cinéaste danois, réalisateur talentueux de La Chasse, Festen ou Loin de la foule déchaînée, dans un long-métrage international.

Le film débute par le mariage d'un marin en partance pour un exercice naval. Ses camarades sont tous là. Comme lui, ils se réjouissent de partir - personne n'a effectué de mission depuis dix ans. L'ambiance est bon enfant, la solidarité qui unit les hommes crève l'écran. À leur tête, Mikhaïl, formidable Matthias Schoenaerts, sous-marinier expérimenté marié à Tanya, enceinte, incarnée par Léa Seydoux.

En mer, c'est lui qui insufflera inlassablement courage et espoir aux hommes soumis aux températures glaciales, aux inondations ainsi qu'au manque grandissant d'oxygène. Sur terre, c'est elle qui prendra la défense des familles de marins maltraitées par les autorités russes, lesquelles s'évertuent, avec un zèle bureaucratique et une fierté inhumaine, à cacher la vérité, finissant par avouer qu'il a fallu seize heures pour localiser le sous-marin et que les équipements de sauvetage dont dispose la marine sont totalement obsolètes.

Personnages russes, rendu hollywoodien

Fraîchement élu, Vladimir Poutine est en vacances au bord de la mer Noire quand survient l'accident. C'est donc l'amiral Petrenko, militaire couvert de médailles - interprété par Max von Sydow -, qui endosse le sinistre costume de porte-parole du gouvernement russe. Tandis que Colin Firth se glisse sous la peau de David Russell, responsable de la mission de sauvetage du Koursk pour la Royal Navy.

Ce thriller efficace, qui fait écho à la guerre froide, est rythmé par le bruit sourd des coups frappés par les survivants sur la coque du sous-marin. Kursk rend hommage aux familles de victimes meurtries à jamais. Mais le film n'est pas destiné au marché russe. Si les personnages s'appellent bien Mikhaïl ou Misha, le réalisateur est danois ; le casting, belge, français, autrichien, allemand ou encore suédois ; et tous les comédiens s'expriment en anglais. Des têtes d'affiche internationales pour un rendu très hollywoodien, qui nuit certes à la crédibilité de l'ensemble, mais n'enlève rien à la puissance d'un drame à propos duquel, dix-huit ans après, le secret reste entier.

► Lire l'entretien accordé à Historia par le réalisateur Thomas Vinterberg.

Kursk, drame de Thomas Vinterberg, écrit par Robert Rodat, 117 mn. Sortie le 7 novembre 2018.

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