14-18. Un artiste sur le front d'Orient

14-18. Un artiste sur le front d'Orient

23 gouaches réalisées entre 1917 et 1919 composent cet album inédit, réalisé par un artiste alors débutant, le brigadier Jean Peyrissac, qui sera après la guerre l’un des promoteurs de l’art abstrait en France. Engagé volontaire à 19 ans, envoyé sur le front d’Orient, en Macédoine, en novembre 1917, il entreprend de représenter les populations de ce petit pays des Balkans, chassées de leurs villages situés sur la ligne de front par les combats, tout en révélant les aléas de la cohabitation avec les armées française et anglaise. Une touchante photo montre l’artilleur Peyrissac, assis devant son cheval, son carnet de dessins sur les genoux en train de croquer sur le vif. Véritable témoignage ethnographique sur les activités de la vie quotidienne et les traditions de cette région d’Europe balkanique, ces tableaux pittoresques, peints à la gouache et rehaussés de couleurs vives, attestent aussi des ravages des bombardements comme à Monastir, gazée, qui obtiendra la triste distinction de « ville martyr », à l’instar de Verdun, Ypres et Reims. Ils ne sont pas pour autant dénués d’humour et l’on peut même sentir parfois une certaine causticité dans le coup de crayon de cet observateur attentif.    Les planches telles les « specimens de grâce macédonienne » ou « Le mari jaloux », penchent nettement vers la caricature, mais sans méchanceté. En 1919, l’ouvrage fait l’objet d’une mise en souscription, mais le peu de commande condamne le projet. Voici un siècle plus tard, une reconnaissance tardive, mais d’autant plus émouvante de cet instantané d’un monde à la croisée des cultures turque, grecque et albanaise, alors déjà en train de disparaître.
Véronique Dumas

En Macédoine, sous la Montagne bleue. Campagne d’Orient 1917-1918 de Jean Peyrissac (Michalon, 64 p., 25 €)

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