Georgette Elgey, historienne de la IVe République

Georgette Elgey, historienne de la IVe République

Georgette Elgey est l’historienne du quotidien, des succès et des échecs de la IVe République. Elle a consacré à cette œuvre cinquante ans de sa vie, et six épais volumes, soulagée d’en avoir terminé en 2012. Cet ensemble vient d’être reproduit avec la collaboration de l’historien Matthieu Rey dans la collection Bouquins de l’éditeur Robert Laffont.

Photo©Philippe Matsas/Opale/Leemage.

C’est son œuvre majeure, mas il faut aller plus loin, et sa vie en elle-même doit être connue : celle tout d’abord de l’enfant naturel que son père Georges Lacour-Gayet n’a jamais voulu reconnaitre. Ce septuagénaire historien de renom, bourgeois jusqu’au bout des ongles, catholique fervent, galopeur impénitent, et pour le moins d’une faiblesse insigne, a séduit Madeleine Léon, une jeune femme de 40 ans sa cadette : un bébé nait en 1929. Des décennies de troubles, de procès, de polémiques suivent. Dans deux livres (La fenêtre ouverte, en 1973, Toutes fenêtres ouvertes, en 2017), Georgette Elgey nous a raconté son histoire, en fille meurtrie dans son enfance, en historienne aussi. A la lecture du dernier titre, nous comprenons pourquoi elle a pris en 1950 ce nom d’Elgey, sous lequel s’est illustrée : « L.G. »… les initiales de Lacour-Gayet. Son passé est resté présent dans son quotidien !

Après guerre, elle se fait connaître peu à peu dans le monde de l’écriture. Elle écrit avec Robert Aron une histoire de Vichy, se lance dans le journalisme : L’Express, Paris-Presse l’Intransigeant, le Nouveau Candide, etc. Elle a connu bien d’autres activités : ainsi, à partir de 1982, on la retrouve à l’Élysée, sous François Mitterrand, chargée de recueillir les témoignages des collaborateurs du président, mais aussi de ses ministres, des hauts fonctionnaires : une manne pour les historiens du futur ! Elle a siégé quelque temps au Conseil économique et sociale, a présidé le Conseil supérieur des archives.

Bien sûr, son œuvre majeure reste son histoire de la IVe République, qu’elle résume ainsi : « Douze années d’histoire : cinquante ans de labeur… », ajoutant dans un entretien de 2010… « C’était un défi, de l’orgueil, de la folie ». Quelques volumes étaient prévus à l’origine ? 6 ont été publiés au total. Elle a tout lu, tout dépouillé, rencontré tous les acteurs, de l’ombre comme de premier plan, qui lui ont confié leurs archives, pour tenter d’expliquer cette République mal aimée, mal connue, qui a sombré de ne pas avoir pu régler le problème algérien. On mesure, au fil des pages sa caractéristique principale : être le plus honnête possible, en essayant de se mettre dans le climat de l’époque. Mais il y a bien d’autres caractéristiques, ainsi résumées en 2008 par son éditeur Claude Durand, qui a mis en avant « une certaine dose de folie, beaucoup de désintéressement et une opiniâtreté hors du commun. » Il faut bien sûr en ajouter une dernière : l’humilité. « Toute histoire demande de l’humilité », déclare-t-elle souvent aux chercheurs, confirmés ou débutants, qu’elle reçoit chez elle, dans son petit appartement parisien du boulevard Saint-Germain, car cette dame est toujours disponible pour faire partager ses connaissances et sa passion…

Denis Lefebvre

Histoire de la IVe République. Tome 1 - De 1945 à 1957, Tome 2 – De 1956 à 1999, de Georgette Elgey (Robert Laffont, coll. Bouquins, (1344 p., 32 € et 1056 p., 31 €)

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