La Renaissance en question

La Renaissance en question

Jadis si populaire, la Renaissance se porte assez mal aujourd’hui. C’est de ce constat, a priori étonnant, que part Jean-Marie Le Gall, un des meilleurs spécialistes de la période. Ce constat ne vise pas le travail de polygraphes en mal de copie qui, sous l’amusant prétexte d’écrire « une autre histoire de la Renaissance », racontent n’importe quoi. Non, le problème s’avère plus profond et plus sombre, car c’est le concept même de « Renaissance » qui est en cause ! Les humanistes italiens des xive et xve siècles, qui remettent à l’honneur la culture antique, ont l’impression de sortir d’une longue nuit millénaire, ce que l’on appellera ensuite le Moyen Âge ou Dark Ages en anglais – termes éminemment péjoratifs. Pour valoriser leur période et minimiser la Renaissance, les médiévistes ont décrit d’autres renaissances, sous Charlemagne et au xiie siècle en particulier. D’ailleurs, dans le cadre d’un « long Moyen Age » allant jusqu’à la Révolution, la Renaissance a-t-elle bien existé ? N’est-elle pas en soi une imposture ? Allant jusqu’au bout de cette idée, Gavin Menzies, un sous-marinier anglais autodidacte, explique que ce sont les Chinois qui ont découvert l’Amérique et l’Australie…, mais aussi la Toscane, où ils auraient laissé des manuscrits. Léonard de Vinci n’est un génie que pour avoir consulté de bien hypothétiques textes asiatiques ! De telles thèses, si délirantes soient-elles, ont connu un immense succès médiatique. Mais, même si la Renaissance a bien eu lieu (sans intervention chinoise), qu’a-t-elle vraiment apporté ? N’est-ce pas l’époque où les Européens, pleins d’arrogance, se lancent à la conquête du monde, qu’ils colonisent et exploitent sans pitié ? La découverte de l’Amérique entraîne le génocide des populations autochtones et, à moyen terme, la traite des Noirs. Dans l’historiographie à la mode, qui se veut globalisante et mondialisée, tout cela sonne bien mal, et la Renaissance se voit accusée de porter en germe tous les maux de la Modernité. Elle devient politiquement incorrecte. Avec son immense culture, J.-M. Le Gall balaye toutes ces thèses farfelues, voire nauséabondes, et propose une nouvelle vision de la Renaissance, à la fois sereine et savante. Un livre brillant !
Laurent Vissière

Défense et illustration de la Renaissance de Jean-Marie Le Gall, PUF, 336 p., 26 €.

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