Une histoire des cours royales du monde à travers les âges

Une histoire des cours royales du monde à travers les âges

Dignes successeurs de Norbert Elias, les auteurs de cette somme dévoilent toute la modernité du système de cour, de ses courtisans et de ses pratiques.

«À la cour du roi, chacun y est pour soi », dit le proverbe. Dans l'imaginaire français, la cour reste défavorablement associée à une somme d'intérêts auxquels travaillent servilement les courtisans gravitant autour du roi. Elle évoque la soumission des individus à un ensemble très codifié de règles et de charges auxquelles on accède en fonction de son rang et de la faveur dont on jouit, mais aussi la pompe d'un cérémonial soigneusement mis en scène, destiné à magnifier la personne royale, démontrer sa légitimité et sa puissance. Centre de la vie politique et culturelle, elle a profondément façonné les représentations liées au pouvoir et à son exercice, à tel point que la République en a absorbé certains usages. S'il n'y a plus de cour en France, ni dans nombre de pays d'ailleurs, tout indique que le « phénomène de cour » persiste. Quant aux cours restantes, elles ont perdu de leur faste d'antan et se sont adaptées, autant que faire se peut, au monde moderne. De fait, derrière l'apparente immuabilité des rituels et de l'étiquette, l'histoire des cours reflète la marche du monde.

Contacts et échanges

En ce sens, c'est à un véritable voyage dans le temps et dans l'espace que nous sommes conviés ici. Un parcours où se font jour les interpénétrations d'un modèle de cour à un autre, reflet des échanges matrimoniaux, culturels et commerciaux, et des âges d'or d'une civilisation.

Les cours, comme toute forme d'organisation sociale, ont été soumises à la mondialisation dès lors qu'elles sont entrées en contact avec d'autres cultures. Rien de très surprenant, finalement, dans ces processus, dans la mesure où le phénomène curial est organisé autour d'invariants, quelles que soient l'époque et la sphère géographique : nulle cour ne peut faire l'économie d'une étiquette, de rites et de cérémonies, de palais, d'un système administratif, d'une hiérarchie honorifique, d'un espace réservé aux femmes et, par extension, à la famille, garante de la pérennité dynastique.

Les cours orientales, vitrine du mode de vie occidental 

Au gré des changements de paradigme historique, les modèles curiaux intègrent ainsi d'autres modèles de civilisation. La cour du Japon mais aussi celles de Corée et du Vietnam ont emprunté aux institutions de la Chine. La cour de Byzance, elle-même influencée par la cour de Rome, a essaimé au-delà des frontières de l'Empire byzantin, servant de référence aux États autour de l'empire et aux cours médiévales européennes. La cour moghole se situe au carrefour des influences d'Asie centrale, de la Perse et des Indes. La cour autrichienne subit la rigueur de l'étiquette espagnole. Les cours balkaniques opèrent la synthèse de différentes cours européennes, lesquelles, à partir du XIXe siècle, infusent la cour ottomane et même celle du Japon. À la faveur de l'expansion européenne, et alors même que la vie de cour déclinait en Europe, les cours font office de vitrines pour l'introduction du mode de vie à l'occidentale.

Écrire une histoire globale et transversale à plusieurs mains est une gageure, mais sous la houlette du rédacteur en chef adjoint d'Historia Victor Battaggion et de Thierry Sarmant, membre du comité éditorial, les auteurs, pour la plupart des contributeurs réguliers du magazine, signent des chapitres accessibles, parvenant à brosser d'une plume alerte l'évolution de certaines cours sur plusieurs centaines d'années. Cette somme passionnante livre ainsi un panorama aussi exhaustif que possible des représentations du pouvoir, de l'Égypte antique à nos jours, et permet de mieux comprendre leur permanence dans les démocraties libérales. Un point de vue bienvenu, une autre image du monde.

Histoire mondiale des cours sous la direction de Victor Battaggion et Thierry Sarmant (Perrin, 448 p., 25 euros)

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