Campana, un gentleman voleur au service de l'art et de l'Italie

Campana, un gentleman voleur au service de l'art et de l'Italie

Bien mal acquise, sans égale, puis dispersée, la collection du marquis entendait célébrer le génie de la Péninsule. La voici de nouveau réunie.

Visuel : Sarcophage dit Sarcophage des époux, Cerveteri, Nécropole de Banditaccia, vers 520-510 av.J.-C. ©musée du Louvre-Philippe Fuzeau

De 1830 à 1857, le marquis Campana a réuni à Rome une fabuleuse collection d'art, allant de l'Antiquité à l'époque moderne, regroupant plus de 12 00 oeuvres acquises sur le marché de l'art mais aussi par des fouilles qu'il dirige, en particulier dans les anciennes villes étrusques. Mécène et grand seigneur, il les expose dans ses résidences et dans le palais du Mont-de-Piété, dont il est le directeur depuis 1837. Des photographies des années 1850 montrent des salles emplies de sarcophages, de bustes et de vases...

Cependant, sa frénésie d'acquisitions le pousse à commettre l'irréparable : il puise dans la caisse de cet organisme de prêt sur gage, banque de la papauté, dont il connaît tous les rouages, son père et son grand-père l'ayant dirigé avant lui. Las ! il est pris la main dans le sac, et toute l'élite européenne qui se pressait dans ses salons apprend la nouvelle de son procès avec stupeur. Avec son épouse d'origine anglaise, qui partage sa passion, il forme en effet l'un des couples les plus brillants de ce temps. Car notre homme n'est pas un escroc ordinaire.

Campana est porteur d'une vision patriotique de l'Italie à l'heure où celle-ci rêve de retrouver son antique unité.

La collection du marquis Campana. L'unité avant tout

Si ses achats paraissent compulsifs, ils sont en réalité méthodiques : Campana n'achète que de l'art italien et quasiment que des chefs-d'oeuvre qu'il enregistre dans des catalogues raisonnés par périodes, par écoles, par artistes. Et quels artistes ! Parmi les 500 oeuvres exposées provenant du Louvre et du musée de l'Ermitage, des trésors : le sarcophage étrusque dit « des époux », un cratère athénien à figures rouges de l'époque classique, une Vierge à l'Enfant de Botticelli, des terres cuites de Della Robbia, des scènes historiques - parmi lesquels l'un des trois panneaux de la Bataille de San Romano.

Exilé, Campana mourra quand même à Rome en 1880, dans une grande pauvreté, mais avec le bonheur d'avoir vu son rêve se réaliser en 1870 : l'unité italienne. En revanche, le monument qu'il a édifié à la gloire du modèle culturel italien, moteur pour lui de la civilisation occidentale, a été confisqué sur ordre du pape.

Le tsar Alexandre II, la reine Victoria et Napoléon III se partagent la collection. Ce dernier emporte plus de 10 000 pièces, exposées dans l'éphémère musée Napoléon-III à l'intention des amateurs d'art et des artisans en quête d'inspiration. Elles sont ensuite réparties entre le Louvre et des musées provinciaux, dont celui du Petit Palais d'Avignon. Pour quelques mois, la collection Campana a retrouvé son impossible unité.
Joëlle Chevé

Un rêve d'Italie. La collection du marquis Campana, MUSÉE DU LOUVRE jusqu'au 18 février 2019.

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