Avant le grand débat. Les cahiers de doléances remontent au Moyen Âge

Avant le grand débat. Les cahiers de doléances remontent au Moyen Âge

Le principe des consultations publiques s’enracine dès le Moyen Age. Avec la volonté déjà d’acheter la paix sociale.

Comment sortir de la crise des Gilets jaunes ? Cette semaine, le président de la République lance le Grand débat national, une initiative destinée à calmer la fronde sociale en invitant les citoyens à participer activement aux décisions du gouvernement. A la fin de l’année dernière, en amont de cette consultation, un système de cahiers de doléances a été lancé par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, ce sont plus de 5 000 mairies qui ont reçu des revendications directement motivées de la part des électeurs et portant sur les sujets les plus variés. Même si évidemment, la protection du pouvoir d’achat arrive en bonne place. 

Bien avant la Vème République, la grande époque des cahiers de doléances remonte à la Révolution. Dans la ligne de mire, il y a la réunion des Etats généraux, convoqués par Louis XVI pour le 1er mai 1789. En amont, les trois ordres – clergé, noblesse et Tiers-Etat – couchent sur le papier leurs principales récriminations. D’une catégorie de la population à l’autre, les motifs varient : pour les couches les moins aisées, le montant des impôts et le poids des privilèges sont jugés de plus en plus insupportables. Les cahiers émanant de la paysannerie et des zones rurales sont essentiellement étayés par des revendications économiques. Dans les villes en revanche et chez la bourgeoisie, le débat est plus politique : on s’interroge sur la représentativité du roi et la manière de mieux contrôler le pouvoir du souverain. Pour les historiens, l’étude de ces documents est une mine d’informations sur le fonctionnement de la société. Elle montre encore que l’opposition à Louis XVI est loin d’être cimentée par tel ou tel courant.

Mais si forte soit la corrélation entre les cahiers de doléances et la Révolution, l’existence de ces cahiers est bien antérieure à la fin du XVIIIème. Le dispositif s’enracine sous Philippe le Bel, au XIIIème siècle. Il s’agit pour ce souverain – et ses successeurs – de continuer à réclamer des efforts à la population, mais de manière un peu moins coercitive. Autrement dit, et en schématisant un brin, le roi réclame l’aval de ses sujets pour les taxer, quitte à lâcher un peu de lest. Ce n’est évidemment pas par philanthropie que les monarques agissent ainsi : ils se rendent compte simplement qu’entre les guerres, les famines et son absence de représentation, la population a besoin de se faire entendre sous peine de se révolter. D’ailleurs, dans certains cas, les cahiers de doléances n’évitent pas les jacqueries. Parmi ces émeutes, l’histoire médiévale retient en particulier la Grande Jacquerie en 1358 – menée par Jacques Bonhomme -, la Révolte des Tuchins en 1381-1384 – contre l’alourdissement des impôts en Languedoc – ou encore la frondes des paroisses normandes en 1436.     

Au passage, on doit aussi à Philippe le Bel la création des premiers états généraux. Ceux-ci font suite, en 1302, à la querelle entre le roi et le pape Boniface VIII. Le pontife n’entend pas que la cour de France décide de taxer le clergé pour remplir les caisses. Et cela d’autant moins que la levée des contributions ecclésiastiques revient en priorité à Rome. Lors de ces premiers états généraux, les trois ordres sont réunis et leurs conclusions sont sans égards pour la papauté. Ce n’est qu’une étape dans une folle escalade qui culminera par la prise en otage de Boniface VIII par Guillaume de Nogaret, le garde du Sceau de Philippe le Bel. 
Frédéric de Monicault

Illustration : Gaston Phébus et Jean de Grailli chargent les Jacques et les parisiens qui tentent de prendre la forteresse du marché de Meaux où est retranchée la famille du Dauphin (9 Juin 1358). Jean Froissart, Chroniques, Flandre, Bruges XVe s. (détail).

En kiosque

À ne pas manquer !

En kiosque


De Charlemagne à l'âge d'or du Moyen Âge, des Segadors de 1640 à la chute de Barcelone en 1714, du Diari Catalá au stade de Monjuïc, la rivalité entre Madrid et Barcelone ressemble à un clásico politique vieux de plusieurs siècles. Un dossier pour comprendre les enjeux de l'indépendantisme catalan.

Lettre d'information

Inscrivez-vous à notre newsletter