Les Gilets jaunes et la fin de la République romaine

Les Gilets jaunes et la fin de la République romaine

Sommes-nous dans une situation  comparable à la fin de la République romaine quand la "technocratie sénatoriale" avait perdu l'essentiel de son autorité morale ? À la recherche d'une solution autoritaire de plus en plus acceptée ? Une forme de "Démocrature", le Principat, qui sauvegarde l'apparence des institutions républicaines tout en créant un exécutif autoritaire comme l'a mis en oeuvre Auguste ? C'était le fonds de la réflexion de l'historien belge  antiquisant David Engels dans son livre publié en 2013 "Le déclin. La crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine". La crise majeure des Gilets jaunes en France précipite selon Engels la même évolution que celle qui a prévalu à la fin de la République romaine. Il livre à chaud son analyse pour Historia sur ce qu'il considère comme "une boucle temprorelle effrayante". Guillaume Malaurie

Il y a 5 ans, en comparant la crise de l’Union européenne aux dernières décennies de la République romaine, j’avais annoncé que la France et l’Union européenne allaient, dans les prochaines années, être déchirées par de violents affrontements civils : riches contre pauvres, mondialistes contre traditionalistes, laïcs contre croyants, autochtones contre immigrés. J’avais également, longtemps avant la montée des « populismes », annoncé que des mouvements populaires, alliant conservatisme, patriotisme et souci de solidarité sociale, allaient dominer de plus en plus la scène politique et pousser les élites établies dans leurs derniers retranchements. Malheureusement, l’histoire semble confirmer de plus en plus ces prédictions. Après l’avènement de Trump, l’essor du terrorisme islamiste, les victoires de la AfD, l’érosion du système politique français sous Macron, la réaction conservatrice en Europe centrale et le Brexit, les « gilets jaunes » ne semblent qu’un chapitre de plus dans un genre de boucle temporelle effrayante.

Car comment ne pas penser, compte tenu des affrontements violents qui sont en train de paralyser la France et pourraient mener à un bouleversement social plus important que celui de 1968, aux affrontements des années 60-50 av. J.Chr. ? Que ce soient les collegia romains ou les syndicats français, que ce soit Clodius ou le couple Mélenchon/Le Pen, que ce soit l’occupation du forum ou celle des Champs Élysées, que ce soit le discrédit de la technocratie sénatoriale ou celui des énarques et de leur dernière chance, la « République en marche », que ce soit finalement la tentation de répondre à la révolte par la répression à Rome tout comme en France – la constellation est la même. Et l’on peut supposer que la suite le sera également. Tout comme Rome, la France ne se remettra jamais vraiment de cette rupture fondamentale de la cohésion politique et sociale. La guerre civile latente va devenir endémique partout dans les grandes villes, tout comme le deviendra le recours à la violence physique, et il y a fort à parier que les autres pays d’Europe occidentale verront, tôt ou tard, les mêmes débordements.

Les conséquences ? Déjà maintenant, l’étonnant sursaut de popularité du général Pierre de Villiers montre vers où la France, cette « République en marche – arrière », est en train de se diriger, tout comme Rome, qui a tenté de combattre le chaos d’abord par le consulat unique de Pompée, puis la dictature de César, et finalement, par le principat d’Auguste. Pessimiste ? Il y a à peine 5 ans, l´on m’a considéré comme irréaliste quand je prédisais l’avènement d’un État autoritaire, voire totalitaire, dans les prochaines 20 années. Aujourd’hui, selon un sondage du Nouvel Obs, 41% des Français sont déjà favorables à la prise de contrôle d’un pouvoir autoritaire pour réforme l’État en profondeur. Qui sait combien ils seront une fois la démocratie totalement discréditée par ses propres élites et le pays exsangue ?

 

David Engels, professeur d’histoire romaine à l’Université libre de Bruxelles et à l’Instytut Zachodni à Poznań, est notamment auteur du livre « Le déclin. La crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine » (Paris, Toucan, 2013).

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