Madame de Maintenon de retour à Versailles

Madame de Maintenon de retour à Versailles

Conservateur en chef du patrimoine du château, Alexandre Maral revient sur l'ascension de l'épouse morganatique du Roi-Soleil.

Visuel Scénographie JR.M.E DUMOUX THOMAS GARNIER

Pour le troisième centenaire de la mort de Mme de Maintenon, le château de Versailles retrace, dans le cadre de son ancien appartement, somptueusement restauré, l'ascension de l'une des femmes les plus étonnantes du Grand Siècle. « Ma vie fut un miracle », disait-elle. Qu'on en juge !

HISTORIA - Quelles ont été les étapes de la redécouverte et de la restauration de l'appartement de Mme de Maintenon au château de Versailles ?

ALEXANDRE MARAL - Après 1715 et le départ définitif de son occupante pour Saint-Cyr, son appartement a été attribué à divers courtisans. Partiellement détruit lors de la transformation du palais en musée par Louis-Philippe, il a été progressivement redécouvert à partir de la fin du XIXe siècle. Les récents travaux portant sur le TEXTE central sud du château l'ont rendu inaccessible pendant plusieurs années. L'exposition en cours permet de le remettre en lumière - et ce, d'autant plus que son aménagement textile, connu par l'inventaire de 1708, a été spécialement reconstitué par le scénographe Jérôme Dumoux.

Quels sont, dans l'exposition, les documents ou les oeuvres qui témoignent de son extraordinaire ascension ?

Je vais en citer quatre : une pièce d'archive, un tableau, un manuscrit et une gravure. Le premier document de l'exposition est l'acte de baptême de Françoise d'Aubigné, le 28 novembre 1635. Elle naît à la prison de Niort, mais son parrain est un La Rochefoucauld. Tout pourrait être dit, en somme, mais on ne s'arrête pas là. Un tableau attribué à Pierre Mignard (ci-dessous) la représente sous les traits de la Sainte Vierge (excusez du peu) tenant dans ses bras, en guise d'Enfant Jésus, le comte de Vexin, deuxième garçon né des amours du roi et de Mme de Montespan... Dans un de ses petits livres secrets, Mme de Maintenon a recopié une lettre de l'évêque de Chartres Godet des Marais, qui lui dit que « Dieu a formé le lien qui vous unit » : c'est la preuve que le mariage a eu lieu. Enfin, la gravure de l'Almanach pour l'année 1699 illustre le camp de Compiègne, cette revue militaire où l'épouse secrète du roi est représentée à ses côtés, assise comme lui, mais vue de dos...

A-t-elle été la funeste « reine secrète » décrite par Saint-Simon, la princesse Palatine ou Jules Michelet ?

La légende noire voit dans Mme de Maintenon une conseillère occulte, austère, bigote et intolérante. Depuis L'Allée du roi , de Françoise Chandernagor (1981), on sait qu'il n'en est rien. Tout ce que l'on peut dire est que Mme de Maintenon, à supposer qu'elle ait été consultée, ne pouvait qu'approuver l'évolution politique et religieuse de son mari.

Quelle a été sa contribution à la gloire du Roi-Soleil ainsi qu'à la sienne propre ?

Son principal titre de gloire est Saint-Cyr. Fondée en 1686, cette institution d'éducation vise à donner aux jeunes filles pauvres de la noblesse du royaume une éducation qui doit leur permettre de tenir leur place dans la société, y compris dans le domaine des choses de l'esprit. Il y a là quelque chose de novateur, qui donne à la femme un rôle plus valorisant.

Propos recueilis par Joëlle Chevé.

Madame de Maintenon. Dans les allées du pouvoir à voir au château de Versailles, jusqu'au 21 juillet.
Rens. : 01 30 83 78 00 et www.chateauversailles.fr

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