À l'origine des gilets jaunes : les bagaudes

À l'origine des gilets jaunes : les bagaudes

Les courts-circuits historiques, même les plus improbables, sont toujours sources d’enseignement. Celui signé Jean-Luc Mélenchon notamment, qui rapprochait voilà peu la figure du médiatique « gilet jaune » Éric Drouet, chauffeur routier de son état en 2018, de celle de son homonyme … Jean Baptiste Drouet, maître de poste de Sainte-Menehould qui reconnut, puis arrêta Louis XVI à Varennes le 21 Juin 1791. Un héros du peuple qui finit, faut-il le rappeler, Préfet sous Napoléon ! La comparaison est baroque. Mais elle met bien en lumière la fixette historiographique mélenchonienne qui se fait fort de déceler depuis deux décennies dans le plus minuscule mouvement social les prémisses avérées de la Révolution universelle. Bien pratiques pour se faire mousser, ces analogies sont le plus souvent paresseuses. Sur le mouvement patatoïde des gilets jaunes, on a ainsi entendu toute la gamme de lieux communs pour encenser ou dénigrer : les « sans-culottes »,  les « Barbares », les « sections d’assaut » des années 30, les « poujadistes » des années cinquante... Une référence manque. Beaucoup plus éloignée. Sans  projet idéologique. Celle des immenses révoltes des Bagaudes, qui ont accompagné sur de vastes territoires de la Gaule, au IIIe siècle puis au Ve siècle, aprés JC le déclin de l’Empire romain d’Occident.  Des rebellions qui ne ménent à rien de révolutionnaire mais qui hurlent  l'épuisement, qui mettent en scéne la colère, qui refont de la solidarité,  qui dérapent souvenrt dans  des  violences féroces. Des rebellions des gens de peu qui gonflent, s'évanouissent  et qui revienennt mais  qui se s'impriment  pas dans les livres. Des aventures   qui pétrissent  pourtant les futures   sociétés médiévales faites de bric et de broc, de goth et de franc, de romain et de gauois, de burgonde et d'alaman.  Des conglomérats de circonstance   de paysans éreintés par la fiscalité impériale, de soldats déserteurs, d’esclaves en ruptures de ban, de citoyens romains endettés et précarisés qui prenaient le maquis. Sans autre perspective, déjà, que de faire cesser un instant  l’insupportable. De briser la laisse. D’entrouvrir à coups de hache un coin de futur libre. Qui mieux que l’Évêque Salvien de Marseille (405-451) a su évoquer ces révoltes massives oubliées qui se renouvelleront sur trois siècles et tournent en 435 en soulèvement général dans la Gaule du Nord Est : « Nous les appelons des rebelles, des hommes perdus, nous qui les avons poussés à être criminels. Il est arrivé que ces hommes étranglés par les brigandages des représentants de l’État ont commencé à être comme des barbares parce qu’il ne leur était pas permis d’être citoyen romain. Ils ont été forcés de défendre au moins leur vie ayant constaté qu’il avaient déjà perdu la liberté ». Extrait du livre Du Gouvernement de Dieu écrit vers 470 après J.-C. par Salvien. Jauni, mais inusable.

Guillaume Malaurie

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De Charlemagne à l'âge d'or du Moyen Âge, des Segadors de 1640 à la chute de Barcelone en 1714, du Diari Catalá au stade de Monjuïc, la rivalité entre Madrid et Barcelone ressemble à un clásico politique vieux de plusieurs siècles. Un dossier pour comprendre les enjeux de l'indépendantisme catalan.

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