Du haut de la pyramide du Louvre trente années nous contemplent !

Du haut de la pyramide du Louvre trente années nous contemplent !

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Historia propose sur son site internet un document jamais publié dans la presse grand public commenté par son conservateur. Ce mois-ci, à l'occasion des trente ans de la pyramide du Louvre, des archives en lien avec cette aventure architecturale et muséographique qui a marqué la présidence de François Mitterrand. 

Le musée du Louvre tel qu’on le connaît aujourd’hui est l’aboutissement d’un long processus entamé il y a plus de deux siècles.

Si le Muséum central des arts est officiellement inauguré en 1793, il était déjà en germe avant la Révolution, dans les dernières années du règne de Louis XVI. À partir de sa création, et durant deux cents ans, les directeurs successifs du Louvre n’ont eu de cesse de plaider pour l’extension des surfaces d’exposition au sein du Palais, conquérant pas à pas une salle, une galerie, un pavillon sur les particuliers ou les administrations qui occupaient diverses parties du vieux palais.

Durant l’entre-deux guerres, en application du « plan Verne » (du nom de Henri Verne, directeur des Musées nationaux, qui avait supervisé cet ambitieux projet), un nouveau pas avait été franchi avec une réorganisation radicale des salles par département et l’aménagement de nouveaux locaux de stockage des œuvres en réserve. Restait cependant l’aile du palais longeant la rue de Rivoli, toujours occupée par les services du ministère des Finances. C’est sur une idée soumise par Jack Lang que François Mitterrand annonce lors d’une conférence de presse, le 24 septembre 1981, sa décision de faire déménager cette administration pour en réattribuer les locaux au musée. Dans le même temps germait le projet du « Grand Louvre », dont le pilotage fut confié à Émile Biasini, un administrateur ayant commencé sa carrière administrative en tant que collaborateur d’André Malraux dans les années 1960. Tandis qu’est lancé, le 1er juin 1982, un concours pour la programmation des travaux et l’aménagement des nouveaux espaces muséographiques, Biasini prend contact avec Ieoh Ming Pei pour lui proposer de travailler sur le projet de nouveaux espaces d’accueil. Cet architecte sino-américain s’était illustré quelques années auparavant par ses interventions de modernisation de la Gallery of Art de Washington et du Museum of Fine Arts de Chicago. En juillet 1983, Pei est chargé de la maîtrise d’œuvre, l’architecte Michel Macary lui étant adjoint afin de faire le lien avec l’architecte en chef du palais du Louvre, Georges Duval.

Six mois plus tard, le 23 janvier 1984, il présente une esquisse du projet qui déclenchera la polémique que l’on sait. Le nouvel espace d’accueil, prévu en sous-sol, permettait d’envisager de vastes voies de circulation pour les visiteurs, des espaces commerciaux et de restauration, une liaison avec le métro et une gare routière, tandis que l’ensemble des espaces du palais proprement dit seraient réservés pour la présentation des collections. L’autre innovation était de proposer de surmonter ce grand hall d’accueil d’une haute pyramide de verre qui assurerait un maximum de lumière [fig. 1]. Pei jouait sur la légèreté de la structure métallique, sur la transparence et sur le contraste avec les bâtiments environnants. Il utilisait les axes de symétrie du site (la cour Napoléon, les bâtiments) et la forme géométrique carrée pour dessiner les différents éléments architecturaux et localiser le point central de la pyramide.

Le Président François Mitterrand inaugure la cour Napoléon le 14 octobre 1988

L’organisation de l’ensemble des éléments présents dans la cour était, quant à elle, pensée en référence aux jardins de Le Nôtre : géométrie, symétrie, jeux de réflexion entre le ciel et l’eau. Après accord définitif de l’Élysée le 13 février 1984, les travaux sont enfin entamés. Le Président François Mitterrand inaugure la cour Napoléon le 14 octobre 1988, puis la pyramide, le hall Napoléon et les nouveaux espaces liés à l’histoire du palais le 29 mars 1989.

Dans le même temps, les travaux d’aménagement muséographique de l’aile Richelieu se poursuivent. Les études de programmation, entamées en 1987, avaient été, un temps, ralenties durant la période de « cohabitation » gouvernementale, avant de reprendre avec la réélection de Mitterrand. L’un des principaux changements a été la transformation des cours (aujourd’hui connues sous les noms de Marly [fig. 2], Puget et Khorsabad) qui, jusqu’alors, étaient utilisées comme parking automobile. La partie supérieure des cours fut surélevée de manière à pouvoir les couvrir d’une fine structure métallique assurant une grande transparence. L’aménagement muséographique, quant à lui, confié aux cabinets Macary, Wilmotte et Pei (en collaboration avec les conservateurs du musée et les architectes-programmateurs de l’Établissement public du Grand Louvre), a permis une augmentation considérable des surfaces d’exposition (plus de 21 000 mètres carrés). Le 18 novembre 1993, l’aile Richelieu est ouverte au public. Le redéploiement des collections dans les autres parties du Grand Louvre sera progressivement réalisé entre 1994 et 1998.

Les Archives nationales conservent, réparties en divers fonds, les archives permettant de retracer cette aventure architecturale et muséographique : archives de la présidence de François Mitterrand, d’Émile Biasini et de l’Établissement public du Grand Louvre, de la Mission interministérielle des grands travaux, ou du président-directeur du Louvre Michel Laclotte.

Pascal Riviale
Archives nationales
Département de l’Éducation, de la Culture et des Affaires sociales

Pour en savoir plus :
Histoire du Louvre, sous la direction de Geneviève Bresc-Bautier, Guillaume Fonkenell et Françoise Mardrus, Paris, Louvre éditions/Fayard, 2016, 3 vol.

Légendes :
Fig. 1. Musée du Louvre. Vue perspective du hall d'accueil sous la pyramide, niveau du premier sous-sol. Dessin de I. M. Pei Partners. Tirage sur Canson. Arch. nat., 20080657/59. © Archives nationales/pôle image (Guillaume Grosjean)
Fig. 2. Grand Louvre. Perspective de la cour Marly. Dessin du cabinet Macary. Tirage photographique. Arch. nat., 20140450/17. © Archives nationales

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