Henri Beyle et le globe de Mentelle

Henri Beyle et le globe de Mentelle

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Historia propose sur son site internet un document jamais publié dans la presse grand public commenté par son conservateur. Ce mois-ci, le procès-verbal de réception, par Henri Beyle, futur Stendhal, auditeur au Conseil d’État, d’un globe terrestre d’Edme Mentelle (1811).

Créé par la Constitution du 22 frimaire an VIII [13 décembre 1799], le Conseil d’État joue un rôle considérable sous le Premier Empire. Situé au second rang de l’État, après le Sénat, il est chargé de « rédiger les projets de loi et les règlements d’administration publique, et de résoudre les difficultés qui s’élèvent en matière administrative » (titre IV, article 52).

Le Conseil d’État napoléonien est également conçu comme une pépinière d’administrateurs pour l’Empire. La carrière des membres du Conseil d’État ne s’effectue pas impérativement au sein de l’institution : en fonction des besoins, l’empereur peut faire appel à des auditeurs ou des maîtres des requêtes pour administrer l’Empire.

C’est dans ce contexte qu’en 1806, un jeune homme de 23 ans nommé Henri Beyle – qui ne se fait pas encore appeler Stendhal – se rêve auditeur au Conseil d’État. Institués par l’arrêté du 19 germinal an XI [9 avril 1803], les auditeurs ont vocation à « remplir des places dans la carrière administrative et dans la carrière judiciaire », tout en y apprenant l’art de gouverner. Henri Beyle est nommé auditeur au Conseil d’État le 3 août 1810 et, dès le 22 août, est attaché à l’Inspection du mobilier et des bâtiments de la Couronne.

Chargé de l’inventaire des œuvres d’art des musées et palais impériaux, Henri Beyle se retrouve ainsi, le 15 mars 1811, à réceptionner un « bon et beau globe », commandé en l’an X (1802) par le Premier consul (Arch. nat., AF/IV/*/195, correspondance du secrétaire d’État).

La commande est passée au géographe Edme Mentelle, membre de l’Institut de France qui, en 1786, en avait déjà réalisé un pour le fils aîné de Louis XVI. Mentelle s’entoure alors de Jean-Baptiste Poirson, ingénieur géographe, pour dessiner la carte et de Jean Tobie Mercklein, mécanicien de la Banque de France, pour en façonner la structure. Ils réalisent ainsi un globe constitué d’une sphère en carton d’un mètre de diamètre, supportée par un socle en chêne, plaqué de bois d’acajou.

Dans son rapport de onze pages, Henri Beyle décrit minutieusement la structure du globe, la façon dont il a été réalisé et les parties du monde qui y sont représentées « suivant les observations les plus modernes ». Après une vérification du bon fonctionnement du mouvement et du « système entier », le jeune auditeur reçoit officiellement le globe « pour faire partie du mobilier impérial ». Il prend alors place dans la galerie de Diane du palais des Tuileries.

En 1811, le globe est déplacé à Meudon, où Poirson et Merklein sont chargés d’effectuer des réparations (Arch. nat., O/2/516, d. 2, p. 49-51). Transféré au château de Fontainebleau en 1861, il y trône toujours dans la galerie de Diane.

Ce document a été redécouvert lors de la rédaction du Guide de recherche dans les archives du Conseil d’État. Corédigé par les Archives nationales et le Conseil d’État, ce guide propose une description chronologique des fonds du Conseil d’État et de leurs sources complémentaires, depuis 1799 jusqu’en 1995. Il présente également des fiches thématiques d’aide à la recherche dans ces fonds. Le guide de recherche dans les archives du Conseil d’État paraîtra durant l’automne 2018.

Arnaud Romont – Cécile Robin

Département de l’Exécutif et du Législatif

Arch. nat., O/2/536 (dossier 10, pièce 8).
Procès-verbal de réception, par Henri Beyle, auditeur au Conseil d’État, d’un globe terrestre d’Edme Mentelle (1811).

L'Inédit du mois d'Historia est à retrouver dans les Archives nationales à la loupe

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