Eté 1830. 4 rois se succèdent

Eté 1830. 4 rois se succèdent

En juillet-août 1830, Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis-Philippe, vont se succéder en France en l'espace de quelques semaines. Camille Pascal met en scène dans une fresque foisonnante cet été révolutionnaire.

Il s’agit d’un « roman vrai » : l’auteur, très solidement documenté, raconte les quelque trois semaines qui séparent la veille des Trente Glorieuses de 1830 de l’avènement de Louis-Philippe. Le style narratif, épique souvent, souvent émouvant, parfois drôle voire drôlatique (on croise d’ailleurs Balzac), confirme l’intention d’entraîner le lecteur dans une aventure d’autant plus passionnante qu’elle a véritablement eu lieu. A l’appui de ce souci de vérité, une bibliographie consistante suit le roman qui s’en trouve ainsi nimbé d’un incontestable savoir scientifique. Le roi Charles X est la figure centrale de ce roman : son souci de l’étiquette, son scrupule religieux, les traumatismes qu’il a vécus pendant la Révolution en font un véritable caractère, qu’entourent un certain nombre de courtisans parfois veules, parfois rudement attachés au prince autant qu’à sa fonction, comme le Maréchal de Marmont, lucide autant qu’impuissant du début à la fin. Autour de cette figure centrale dont le pouvoir décline plus constamment que la dignité personnelle, gravite donc une cour dont les fonctions autant que le nombre évoluent avec la marche de l’histoire, de Saint-Cloud à Rambouillet, de Rambouillet à Cherbourg. Parallèlement, la narration suit aussi les méandres qui permettent à Thiers, Rémusat, Talleyrand et Lafayette de faire, en quelques jours, un roi de Louis-Philippe. Autour des acteurs politiques de cette fresque, s’agitent des personnages qui donnent à l’histoire une épaisseur romantique, Châteaubriant, Stendhal, de Vigny, Madame Récamier. Les femmes jouent un rôle important : la Comtesse de Boigne, la dauphine, Madame Adélaïde, la duchesse de Berry parviennent parfois à influer sur tel ou tel événement. Ce roman épais, qui se lit avec un réel plaisir, prend le parti d’une histoire qui fait du peuple parisien une masse assez répugnante, avec bruits et odeurs régulièrement dénoncés d’un point de vue qui est exclusivement celui de ces élites. Comme si les hommes des journées de juin n’avaient tous été que des pions impuissants et somme toute plutôt méprisables, et non les acteurs fondamentaux de la chute de Charles X. Les ordonnances de 1830 sont présentées comme la seule cause de cet effondrement, comme si les synthèses récentes (Cl. Fredj, F. Démier, Ph. Goujon, Q. Deluermoz..) qui mettent en évidence les mécaniques sociales de la Révolution de 1830 étaient considérées comme quantité négligeable par l’auteur. Ce qui donne un parfum assez daté – voire assez idéologiquement marqué – au parti-pris de ce roman historique. Du coup, il a un double mérite : d’une part, il se lit avec plaisir et d’autre part, il donne vraiment envie de comprendre pourquoi le peuple, en 1830, s’est vraiment révolté.
Olivier Coquard

L’été des quatre rois de Camille Pascal (Plon, 662 p., 22,90€)

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